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Mardi 22 mai 2012
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Interview de David KadouchRencontre avec le jeune prodige du piano David Kadouch à l'occasion de son concert au théâtre du Vésinet le 16 mars à 20h45. Comment avez-vous découvert le piano ? Ma soeur aînée faisait déjà du piano et nous avions reçu une éducation artistique. Ma mère était guide dans les musées, aussi, nous y allions souvent, ainsi qu'à l'opéra. J'ai commencé le piano à l'âge de cinq ans et mon amour pour la musique s'est développé vers neuf-dix ans. Au début, le piano était juste une occupation que je faisais après l'école, mais c'est devenu de plus en plus important pour moi au fur et à mesure. La musique était mon échappatoire car je me sentais assez introverti en classe. A quel moment vous êtes-vous rendu compte que le piano allait changer votre vie ? J'ai fait la rencontre d'un professeur extraordinaire, Odile Poisson avec qui j'avais de vrais échanges, une très belle relation. Elle me faisait découvrir la musique. A treize ans, je suis entré au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris. J'avais alors davantage de pression, car j'étais parmi les plus jeunes, à un niveau professionnel. Le piano devenait une activité à plein temps et l'école, je la suivais par correspondance. Après des années de ce que j'appellerais du « travail artisanal », à savoir du perfectionnement, de l'analyse de la partition, de l'aspect technique de la musique, je me suis mis à passer des concours, avec succès. C'est ce qui m'a permis de faire des concerts, puis d'autres et c'est alors une réaction en chaîne qui opère. Que ressent-on quand on fait des concerts à un âge aussi jeune ? J'avais huit ans lors de mon tout premier concert. J'étais très insouciant, je ne pensais à rien d'autre que le plaisir de jouer. Il y a plus de pression avec l'âge, on perd de vue cette innocence. On réfléchit davantage quant au cheminement qui nous conduit à monter sur scène, aux raisons profondes... Vous avez aussi commencé très jeune à jouer à l'étranger... Oui, j'ai commencé à aller à l'étranger pour donner des concerts à l'âge de douze ans. Aux Etats-Unis, j'ai rejoint une académie d'été près de New York, grâce au violoniste Itzhak Perlman. J'y ai de très beaux souvenirs. J'ai notamment fait ce qu'ils appellent « the Debute », un récital au MET. J'ai aussi joué au Bolchoï à Moscou, mais à mon âge, je ne me rendais pas compte de ce que cela représentait. Que vous a apporté votre Victoire de la Musique en 2010 ? La Victoire de la Musique a été une très belle récompense, car elle est populaire. En effet, les professionnels sélectionnent trois nommés et ensuite, c'est le public qui choisit. Grâce à cela, on connaissait davantage mon nom, c'était un gage du public et j'ai pu faire davantage de concerts en France. Comment parvenez-vous à rendre une oeuvre connue du grand public de manière personnelle ? Je ne pense pas qu'on puisse rendre personnelle l'oeuvre d'un compositeur. Mais on peut la travailler jusqu'à trouver ce qu'a voulu faire ressentir le compositeur. Cela deviendra unique de cette manière et c'est ainsi que j'essaye de faire en sorte que cette musique soit en moi. Plus on joue une oeuvre, plus on acquiert une maturité avec elle, plus elle vient de soi. On a besoin de temps pour s'approprier une oeuvre et il faut pour cela, s'intéresser au maximum d'oeuvres possibles. C'est un métier où il faut être curieux de tout, tout le temps, être très ouvert. On ne peut pas travailler à moitié, il faut que chaque heure soit utile, sans avoir l'impression de rentrer dans une routine. Même si je suis tous les jours derrière mon piano, le travail doit être unique, je dois avoir une approche toujours nouvelle de l'oeuvre. Vous semblez d'ailleurs vous attaquer à des oeuvres peu connues... Il m'arrive en effet d'interpréter des morceaux moins connus, comme la sonate de Metzner par exemple, mais ce n'est pas pour me différencier des autres. Quand j'écoute une oeuvre, j'ai envie de la jouer, peu importe que son compositeur soit moins joué que d'autres ou non. Qu'allez-vous faire découvrir aux Vésigondins le 16 mars prochain ? Ce programme russe, pour moi, ce sont plusieurs facettes de l'âme russe du 20ème siècle. C'est fascinant, à fleur de peau, de la musique très forte. Il y a beaucoup d'identification qui se fait pour l'auditeur dans cette musique que j'aime tout particulièrement. Pensiez-vous, plus jeune, que vous alliez vivre de la musique ? J'ai eu la chance de rencontrer des gens privilégiés. Je ne me suis jamais dit que je ne gagnerai pas ma vie avec la musique. L'aspect financier du milieu ne m'a jamais fait peur. Et je sais aussi qu'un jour, j'enseignerai à mon tour. Avez-vous vous-même des velléités de compositeur ? Aucune ! Je crois même que cela me fait peur, cela m'impressionne beaucoup et je ne sais pas si j'en serais capable, même si j'aime bien improviser. Cela demande énormément de soi, c'est une discipline qui nécessite qu'on se donne totalement, sans condition, en étant toujours à l'écoute de soi. Je suis l'architecte d'une partition écrite par un compositeur. Etre celui de ses propres partitions, ce serait trop fatigant. Vous jouez tous les jours. N'y-a-t-il aucune lassitude de votre part ? Quand on joue une oeuvre sur scène, il faut en être amoureux, il faut y croire. C'est trop de soi au moment où l'on joue. Ne plus aimer une oeuvre qu'on joue, ce serait l'équivalent de ne plus s'aimer. |
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